L' HOMME DE BOUE

Dernières Nouvelles d'Alsace - janvier 2014
Véneranda Paladi

 

 
D'une nuit de mythe, L'homme de boue façonné par Nathan Israël s'élève. Entouré du public, le jongleur sculpte dans la glaise matricielle, le destin d'une Humanité naissante. En manière d'être, il lance ses massues porté par une énergie transcendante. Un désir de verticalité aussi essentiel que poétique.

 

De la terre, un homme et des massues, un homme et des massues. L'homme de boue émerge des limbes. Du cercle ontologique, Nathan Israël l'enfante dans la douleur et le merveilleux.
Dans la nuit des mythes, ses métamorphoses mystérieuses incessantes arrachent au néant sa manière d'être. Du plus lointain que les poètes s'en souviennent, son essence touche au spirituel. Sollicité par le jeune jongleur, l'admirable Claude Louis-Combet a traduit en vers et en prose, l'ineffable odyssée d'un être d'avant la parole.

 

Des grondements de la terre, des bouches cousues, des corps muets ou défaits, le poète s'est fait voyant. Passeur de l'indicible, de l'interdit, rien qui ne lui soit répugnant parce qu'humain. Claude Louis-Combet a écrit pour L'homme de boue un corpus de textes magnifiques. Nathan Israël en connaît l'inestimable beauté. Dit en voix off par la comédienne et metteure en scène, Luna Rousseau, le texte retenu donne à penser notre propre rapport au monde, au corps. Comme le vent, la voix module les fréquences du chuchotement au cri primal.

 

Du bloc de glaise, L'homme de boue détache ses formes organiques, sculpté par des lumières caressantes et innervé par la musique originale aux intenses contrastes de Théo Girard.
Inquiétant dans Lard, joué en duo à l'enseigne de La scabreuse, Nathan Israël se débat ici avec une nouvelle partenaire. La terre mère. C'est avec elle , près de 300 kilos d'argile tantôt meuble, liquide, sèche ou lourde qu'il fait corps, se met en jeu. Matière vivante, elle active autant qu'elle leste les mouvements d'une figure qui se rêve un destin debout. Qui aspire à se délester de l'attraction terrestre, en risquant une élévation. L'appel du haut, très haut que trace l'envol des massues.

 

Dans le cercle des origines scénographié par Napo, le public pourrait toucher ses éclats  de terre. Porter ses vaines tentatives verticales, soutenir la chute affolante de désirs éminents. La gestuelle qui meut le corps du jongleur se souvient de l'intériorité du butô. Fouille, réveille nos inconscients à partir d'animations sensorielles.

 

On regarde les hommes tomber. Quelle dignité défendent ceux qui se relèvent et se tiennent debout parmi le chaos du monde? Sans le miroir que lui tend l'autre, L'homme de boue n'accède pas à la parole. Il s'absorbe en lui-même "dans l'attente de la présence dont la venue, toute pressentie l'éclairera et le remplira". Comme l'écrit Claude Louis-Combet dans Visitations (éd. José Corti, 2006). Le regard tendu sans relâche vers un nouvel horizon.

regarde les hommes tomber. Quelle dignité défendent ceux qui se relèvent et se tiennent debout parmi le chaos du monde? Sans le miroir que lui tend l'autre, L'homme de boue n'accède pas à la parole. Il s'absorbe en lui-même "dans l'attente de la présence dont la venue, toute pressentie l'éclairera et le remplira". Comme l'écrit Claude Louis-Combet dans Visitations (éd. José Corti, 2006). Le regard tendu sans relâche vers un nouvel horizon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'homme de boue ne délivre aucune leçon positiviste, ne raconte pas une histoire linéaire de l'évolution. Mais appréhende dans sa corporeité, des questions existentielles qui fondent notre infinie finitude.